À la veille de sa « refondation » annoncée, je vous livre ici mon analyse, que je crois riche d'enseignements, de l'histoire et de l'évolution du site web de Ségolène
Royal), que je me suis astreint à fréquenter depuis sa création plusieurs heures par semaine, en y devenant d'ailleurs, sous mon vrai nom, le principal contributeur (7789 messages de
toutes sortes, pour y relancer les débats sur tous les sujets et sous toutes les formes possibles).
Riche d'enseignements, en effet, car ce blog était présenté comme l'outil essentiel de la « démocratie participative » qui devait faire l'originalité de la démarche de Ségolène
Royal.
Les caractéristiques très originales de ce blog découlent de celles du recrutement très particulier de ses contributeurs :
1) une forte majorité de gens totalement novices en politique (dont beaucoup des fameux « adhérents à 20 € » du PS) sans la moindre expérience militante ou habitude d'analyse,
grisés par le mythe d'« être enfin écoutés » -mais ne s'exprimant, pour la plupart, qu'à l'abri d'un pseudo;
2) du fait de la forte composante affective - le titre de son nouveau livre Ma plus belle histoire, c'est vous et irrationnelle que Ségolène Royal a choisi de donner à sa campagne - « nous
n'avons pas besoin
de nous parler pour nous comprendre » - Béthune, juin 2007, une forte proportion d'adhésions exclusivement liées à sa personne, prêtes à la suivre inconditionnellement dans
toutes les lignes politiques qu'elle a successivement ou simultanément développées ;
3) surtout, l'élimination par des « modérateurs » (en réalité censeurs, « apparatchiks » hautement rompus aux techniques de manoeuvres
d'appareil constamment dénoncées sur le site) de toute analyse politique comportant la moindre critique et susceptible de porter atteinte au culte de la
personnalité que ce blog a pour but d'entretenir, ce qui a eu pour effet de le vider progressivement de presque tous les contributeurs aux discours un peu structurés, censure allant
jusqu'à s'exercer sur des messages faisant référence à des articles de la presse en ligne que tout un chacun peut consulter, mais jugés susceptibles de démoraliser des troupes que l'on souhaite
bien-pensantes ou non-pensantes.
Dans un premier temps, jusqu'au discours de Villepinte où Ségolène Royal a dévoilé son « pacte » électoral, le blog a été organisé de façon thématique ; chaque thème a fait ensuite l'objet
d'une synthèse, assez bien rédigée ; puis a été conclu par un « ce que j'en retiens » de Ségolène Royal, sans aucun rapport avec les contributions des internautes, mais entretenant
l'illusion, chez les plus naïfs d'entre eux, qu'ils avaient personnellement participé à l'élaboration de son programme, et qu‚elle continuait à lire personnellement les messages qu'ils
lui adressaient sur son site.
Dans cette première période, on a vu émerger quelques thèmes qui différencient ce blog politique de tous les autres :
- une hallucinante idolâtrie hystérique, avec poèmes et messages d'amour dédiés à Ségolène Royal, états de transe après chacune de ses interventions médiatiques, même les moins
réussies (« cette fois, Sarkozy n'a plus aucune chance ») ;
- des démonstrations, chiffres à l'appui, que « Ségolène allait être élue dès le premier tour » ;
- le thème récurrent que « tous les sondages sont truqués par le MEDEF, puisque Mme Parisot est présidente de l'IFOP » ;
- une incohérence -consciente ou non- de nombreux contributeurs expliquant, tant que François Bayrou talonnait Ségolène Royal dans les sondages, que rien ne le différenciait de la
droite dure UMP, puis, entre les deux tours, que rien ne le différenciait vraiment de Ségolène Royal.
Dans une deuxième phase, les contributions thématiques étant terminées, ce blog a présenté, il faut le rappeler, comme l'outil de base de la « démocratie participative »- s'est réduit à un
forum, en fait plus proche d'un simple chat, au nombre de contributeurs de plus en plus réduit, sans la moindre organisation susceptible de donner lieu à un débat suivi, et dont la majorité des
thèmes peuvent être regroupés en quelques grandes catégories :
- quelques-unes des contributions les plus « nunuches » (aucun autre terme ne me vient à l'esprit) que l'on puisse lire sur un site politique (pour s'en faire
une idée, lire, parmi bien d'autres, celles signées sous les pseudos « mathiasma » « A Gauche » «monicab » « goalexandre ») ;
- des conseils stratégiques directement adressés à Ségolène Royal (tantôt vouvoyée, tantôt tutoyée), tels que créer son propre parti, prendre le contrôle du PS dès 2008 ou attendre 2010, en
exclure les « éléphants », s'exprimer plus souvent ou prendre du recul, aller soutenir les travaillistes en Australie, signer de multiples pétitions.
- une diabolisation infantile de Sarkozy, présenté comme « incapable », « sans cohérence politique » (mais néanmoins « aux ordres du CAC 40 ») « menace pour la
démocratie » « fasciste » et même « émule d'Hitler » ;
- un manichéisme binaire finalement assez inquiétant par ce qu'il révèle d'intolérance fanatique : tous les politiques qui semblent soutenir Ségolène Royal sont portés
aux nues, puis brusquement précipités aux enfers lorsqu'ils émettent le moindre jugement positif sur la personnalité de Sarkozy ou sur un aspect ponctuel de sa politique : c'est
notamment le triste sort qui a été réservé à Julien Dray ou à Manuel Valls ;
- face à tous les problèmes qui se posent à la gauche, des propositions réduites à des incantations ou à des slogans : « Ségolène résoudra le problème de la mondialisation » « la solution,
c'est le gagnant-gagnant » « la solution, c'est une table ronde », etc.
- le tout, toujours sous le contrôle de plus en plus vigilant des modérateurs/censeurs, qui, au mépris total de la « charte de modération » très ouverte qu'ils ont édictée,
suppriment toute réflexion politique au profit d'une infantilisation dont les effets sont pourtant ravageurs pour l'image de Ségolène Royal auprès de ceux qui viennent consulter ce site pour se
faire une idée de ce qu'est la « démocratie participative ».
La superficialité de ces adhésions à Ségolène Royal a été brutalement mise en lumière avec les grèves et les manifestations de Novembre 2007: on a vu alors fleurir les messages besancenotistes,
les appels à la révolution et au Grand Soir, les injures contre François Chérèque (le leader syndical pourtant le plus « ségolèniste »par son attitude réformiste, et que j'ai vainement tenté de
défendre dans des messages tous censurés) en contradiction totale, mais pas toujours perçue, avec la ligne politique de Ségolène Royal.
En conclusion : cette fragilité des soutiens purement affectifs à Ségolène Royal, susceptibles de s'envoler au moindre événement politique et pourtant volontairement entretenus par ceux qui
contrôlent son blog, illustre bien la fragilité des bases de sa démarche politique : on peut lire, dans l'échec de ce blog, l'échec de sa future carrière politique ; il amène
aussi à s'interroger sur sa responsabilité dans cet échec, que ce soit par négligence envers sa vitrine politique, ou par son incapacité à dissimuler que sa démarche de « démocratie
participative » n'était qu'une opération ratée de marketing politique.
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